Le sens des maux de la vie bonobo

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Dialogue apocryphe avec mon père, IV.

 

Dany : Ma vie, papa, est remplie de joie. Ce qui ne m’empêche pas de traverser des crises, de côtoyer la maladie, la mort et toutes sortes de moments difficiles. Et comme à chaque fois ces épreuves suscitent en moi une foule de questions dont la principale concerne le sens de la souffrance. Pourquoi ? Pourquoi y’a t-il autant de souffrance à traverser ?

Michel : Simplement parce que dans le monde matériel, une réalité ne peut exister sans son contraire. Ou si tu préfères, toute réalité a deux faces. Forcément. C’est une rançon de l’existence. Le bien a un envers qui est le mal. C’est la grande polarité : une des lois de la création. L’Être et le Néant. S’il n’y avait pas le néant, il n’y aurait pas l’être. Sans le mal, comment connaîtrais-tu le bien ? Sans la souffrance, le simple bien-être ?

Dany : Tu crois donc qu’elle est nécessaire ?

Michel : Inévitable, plutôt. Ce qui ne doit pas nous empêcher de tout faire pour la transformer quand elle s’impose à nous.

Dany : Mais ces crises, ces épreuves, ces périodes ténébreuses qui jalonnent nos vies arrivent-elles par hasard ou ont-elles un sens latent ?

Michel : Il n’y a pas de hasard, ma grande, tu ne crois pas ? On peut commencer par dire que la souffrance est une alerte : une douleur physique me dit de prendre soin de mon corps, une douleur morale m’incite à faire les choses différemment.

Dany : Est-ce que tu penses qu’il est nécessaire de comprendre notre souffrance pour la dépasser ?[1]

Michel : Tu sais, en fin de compte, la souffrance est une épreuve dont le sens se révèle dans son dépassement même. Mais le chemin peut être caillouteux, encore plus désert que le reste du monde…

Dany : Oui, j’ai remarqué que les gens ayant traversé une grande souffrance ont souvent développé une plus grande humanité. Enfin, ceux qui ont réussi – je ne sais trop comment – à dépasser la souffrance, car beaucoup d’entre nous, dont moi, n’en ressortent pas grandi mais amer, pleins de colère ou de haine et de douleurs toujours présentes…

Michel : C’est vrai quand le chemin n’est pas encore terminé, l’épreuve pas encore dépassée.

Dany : Et comme les épreuves se succèdent et n’attendent pas forcément qu’on ait eu le temps de régler la précédente pour survenir, on se retrouve sur un chemin rocailleux avec risque de chutes de pierres en permanence. Alors on tombe malade. Et on se rajoute une souffrance… Enfin, ça ne se passe pas toujours comme ça. Parfois, la maladie est totalement injuste, tu ne crois pas ? Pire encore à accepter quand elle touche des enfants.

Michel : La maladie a-t-elle un sens, c’est ça ? Moi, tu sais, « je pense comme mes amis chinois et annamites que les maux du corps ne sont que les causes secondes des maux de l’esprit.[2] »

Dany : À tous les coups ? C’est le credo de la médecine psychosomatique qui s’attache à démontrer que chaque émotion entraîne une réaction corporelle spécifique et met donc la question du sens au centre de la problématique de la maladie.

Michel : Autrefois, tous les guérisseurs et les rebouteux de nos campagnes savaient que « Bien des maladies ont leur cause dans la vie des pauvres gens, dans leur malheur. » Des savants l’écrivent dans les livres. La grande invention !

Dany : Tu cites un passage de La grâce et le venin, ton roman sur une leveuse de maux dans le Sud-Ouest à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Celui dont l’inspiration t’a été soufflé par un ange. Tu dis aussi qu’à l’époque, « les grands guérisseurs affirmaient que l’âme tenait au corps comme l’arbre à ses racines. » La médecine d’autrefois était plus consciente de l’aspect global de l’être humain.

Michel : Il est préférable d’essayer de comprendre le sens de nos douleurs avant de les faire taire, la médecine moderne, allopathique, ne s’attaque plus qu’aux symptômes. Alors que notre corps parle. J’avais dans ma bibliothèque un livre de Michel Odoul, Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi, qui t’intéresserait sûrement.

Cette intuition, tu l’as peut-être soufflé dans l’esprit de maman car c’est elle qui m’a amené ce livre il y a quelques semaines…

Dany : Merci, je l’ai lu. Et ce que j’ai apprécié dans cet ouvrage c’est que l’auteur se base sur les principes de la médecine chinoise ancestrale pour associer un endroit du corps avec un blocage d’énergie particulier.

Michel : Mon cher Docteur Nicolas disait en son temps : « Je veux bien croire à la malfaisance des bactéries, mais les Asiatiques m’ont enseigné à mieux mesurer l’effet des tourments de l’âme sur les maux du corps.[3]»

Dany : Même s’il n’était qu’officier de santé, ton personnage avait une connaissance fabuleuse des plantes et de la relation entre le psychique et le somatique.

Michel : En fait, Odoul va plus loin que le simple lien entre émotions et maladies, tu as remarqué ? D’après lui, nous provoquons également traumas et accidents pour permettre une libération nécessaire des énergies tensionnelles.

Dany : Et c’est pour cette raison que le traumatisme ne se produira jamais de manière aléatoire dans le corps ! J’avoue que c’est intéressant. Dans une publication de la SIRIM (Société Internationale de la recherche interdisciplinaire sur la Maladie), les auteurs affirment eux aussi que la maladie provient d’une tension intérieure trop importante.

Michel : Donc, que les messages du corps soient symboliques ou pas, ils expriment une réalité que nous ne pouvons pas ignorer. Un langage qu’il faut écouter. Qu’est-ce que tu pense d’aller questionner nos petites et grandes maladies familiales, pour commencer ?

Dany : D’accord. Pour commencer, j’ai envie de regarder ce que Michel Odoul dit à propos du rein. Comme tu sais, ton petit-fils a souffert pendant huit ans de crises de colites néphrétiques (à cause d’un polype intra-uretère mal diagnostiqué) dont les douleurs terribles entraînaient des vomissements.

Michel : Deux crises par mois environ, pendant neuf ans, huit opérations, sept mois à vivre avec une sonde intra-uretère (on lui a changé trois fois). Mael a déjà traversé des douleurs physiques incroyables.

Dany : Oui, la souffrance de Mael a été tant de fois bien difficile à supporter et à accepter.

Odoul dit que « plus la tension a évacuer sera ancienne, plus elle sera puissante et plus la maladie aura besoin d’être profonde et grave. » Avec ce qui touche au rein, il associe des peurs profondes et des mémoires inconscientes. Cela correspond tout à fait à ce qu’à pu vivre Mael in utero et au cours de sa première année de vie. On a donc bien notre responsabilité dans sa maladie…

Michel : Tout ce que nous vivons dans notre vie fait partie de notre responsabilité. Oublie la culpabilité tout de suite, c’est absolument contre-productif. Avec l’acceptation de ce qui nous arrive ou qui arrive à nos enfants, on comprend que le corps a besoin d’évacuer ses tensions.

Dany : C’est pas facile, quand même, l’acceptation…

Michel : Non, mais c’est absolument nécessaire.

Dany : À toi maintenant. Tu as dis dans les carnets chronolytiquesqu’à chaque sortie d’un de tes livres, tu « t’offrais une gentille petite maladie. »

Michel : Oui, pour Le temps incertain, peut-être parce que la couverture m’avait ébloui, je suis resté quinze jours sans voir goutte ou presque. Je pouvais à peine conduire sur les petites routes de campagne, pas question de me risquer sur les grandes. Je n’avais pas de sécurité sociale depuis six ou sept ans et les ophtalmos étaient loin et chers. Je me traînais misérablement. Ça c’est dans ma nature : je suis un traîneur misérable. Et puis le choc s’est atténué : c’est aussi dans la nature des chocs. Je me suis remis à voir, à marcher, à tenir le volant. Et j’ai continué à écrire.

Dany : Je t’ai toujours connu souffrant de mille maux, découlant plus ou moins du stress que te procurait ta condition précaire d’écrivain.

Michel : On peut dire que je me suis fabriqué, petit à petit, tout au long de ma vie d’auteur cette maladie du cœur qui aura eu raison de moi… « Vivre de sa plume », quelle belle expression pour une bien rude tâche : concilier la passion de l’écriture et la nécessité d’en vivre.

Dany : Je me rappelle de tes crises de migraine aiguës, quand j’étais enfant, qui ont fini par s’amoindrir avec un médicament contre l’hypertension. En traitant le symptôme, tu souffrais moins et c’était merveilleux, mais cela n’avait aucune incidence sur la cause, ce stress qui revenait chaque année avec un nouveau roman à produire pour faire vivre ta famille.

Michel : « Nos symptômes font toujours suite à une longue histoire de négligence, d’enfouissement et d’oubli. » Hypertension, anxiété, allergies, eczéma, crise de vésicule pour ne citer que mes symptômes les plus courants… puis ensuite arythmie et problème de cœur. Mon corps n’a eu de cesse de crier son désarroi à ma garce de cervelle.

Dany : Dans Ton corps dit : « Aime-toi ! » le livre le plus complet sur la métaphysique des malaises et des maladies, Lise Bourbeau donne elle aussi quelques indices sur le lien entre les maladies et leurs significations profondes. La liste est plus complète que chez Odoul, mais je ne sais pas sur quoi elle s’appuie pour étayer ses propos. Je lis quand même ?

Michel : Je t’écoute, ma grande.

Dany : « Hypertension : la personne atteinte se crée une forte pression à cause de son hyperémotivité. (…) Elle a aussi tendance à dramatiser à cause de sa grande activité mentale qui lui fait vivre beaucoup d’émotions. C’est une personne très sensible qui pense devoir arranger la vie de tous ceux qu’elle aime. Notion de responsabilité de l’autre. » Pour ce qui est des allergies, comme le rhume des foins, elle parle d’hypersensibilité. « La personne vit une contradiction intérieure. Une sensation d’agression du monde extérieur. »

Michel : Hypertension, hypersensibilité, hyperémotivité, quelle vie intense !

Dany :  Une vie de créatif en charge d’une petite famille. Attend, j’ai pas fini. L’eczéma, comme tous les problèmes de peau parle de ce que l’on accorde trop d’importance aux jugements des autres.

Michel : Il arrivait à chaque parution d’un nouveau livre, forcément.

Dany : « Problème à la vésicule biliaire : la personne s’inquiète pour ce qui se passe autour d’elle, elle s’en fait trop, elle a peur de manquer. » Bon, on est d’accord, ton métier t’a permis de créer des livres merveilleux, de gagner ta vie, de faire vivre ta femme et ta fille et de les mettre à l’abri… mais il n’a pas été tendre avec ta santé.

Michel : Et c’est ainsi qu’on en arrive à l’été 2011, juste après mon dernier bain de foule à Saint-Malo, au festival Étonnants voyageurs, on me découvre un grave problème cardiaque. Fini les petites somatisations, voici la vilaine maladie, méchante comme un âne rouge.

Dany : Tu venais de recevoir le Grand Prix de l’Imaginaire pour May le monde, et te voilà partie pour la première opération de ta vie.

Michel : La pose d’un stent.

Dany : Dès lors, tes passages à l’hôpital se succèdent… Aux Urgences pour un œdème du poumon en octobre, puis un hématome cérébral sous anti-coagulant te fait de nouveau frôler la mort début 2012… Nouvelle opération en mars avec la pose d’un resynchronisateur. Rebelote en mai avec un ablation par radiofréquence (technique de cardiologie visant à supprimer certaines tachycardies). En juillet 2012, mon petit garçon de 4 ans finit à l’hôpital à son tour après une sévère déshydratation due à une énième crise de colites néphrétiques toujours pas diagnostiquée à l’époque. Cet été 2012 est très dur psychologiquement. Début novembre on m’annonce qu’une quantité extravagante de nodules est en train de grossir dans ma thyroïde. Ce n’est pas bon signe. Il est urgent de la retirer.

Michel : Inutile de compulser le grand dictionnaire des malaises et des maladiespour comprendre que ton problème physique était, là aussi, intimement lié à tes émotions.

Dany : Cela se confirme en effet. Je cherche « Nodule » et découvre que « je rencontre un obstacle majeur ». Quant à la thyroïde, c’est le centre de la parole et de la créativité. Par ce centre d’énergie j’exprime mes larmes, mes joies, mes angoisses, mes sentiments. Elle est essentiellement productrice d’énergie. Sans elle je ne pourrais vivre. »

On me la retire le 20 novembre 2012.

Je suis comme un papillon dont on a coupé les ailes.

Pas prête à vivre sans toi.

Michel : Grâce à l’Univers nous aurons deux ans pour nous faire à cette idée, pour profiter, pour parler de la vie après la mort, pour préparerl’après

Dany : Cet après où nous sommes toujours connectés.

Michel : Par l’Amour et par les Mots, qui s’envolent de Temps en Temps, en battant d’une apostrophe.

Dany : C’est beau… Mais alors que faire pour nos Maux ? Comment prévenir les accidents, les maladies qui se déclenchent ? Doit-on modérer nos émotions pour éviter les tension internes ?

Michel : Tenter de maîtriser ses émotions, c’est s’occuper du symptôme. Il serait plus utile d’aller titiller la pensée fondatrice, à l’origine de nos émotions, c’est elle qui prépare le terrain à la maladie dans le temps certain.

Dany : Donc on peut dire que mes douleurs physiques sont liées à des souffrances émotionnelles et à l’étroitesse de mes croyances ?

Michel : Oui. N’oublie pas que faire taire un symptôme sans chercher plus loin et la meilleure façon pour qu’il revienne, plus vite qu’un Zorl au galop.

Dany : Avec cette nouvelle manière d’appréhender les accidents et les maladies, il ne tient qu’à nous, donc, de passer du stade de celui qui subit sa vie à l’étape de celui qui en devient l’artisan, non ?

Michel :Les causes les plus courantes des maladies sont les attitudes et émotions négatives, la culpabilité, la recherche d’attention et l’utilisation de la maladie pour éviter ou fuir une situation désagréable. En gros, une trop grande puissance de notre ego.

Dany : Existe-t-il une manière de découvrir l’attitude mentale qui nous bloque au point de créer un problème physique ?

Michel : Elle nous vient toujours d’un manque d’amour, ma grande. D’un manque d’amour envers nous-même, éviter le jugement moral  et se donner le droit d’être ce que l’on est maintenant.

Dany : S’accepter, en somme…

Michel : Et accepter les processus douloureux que nous vivons. Puis pardonner. Alors les choses changent, d’après Michel Odoul.Tant qu’on n’a pas accepté, les mêmes processus reviendront, comme s’il en sortait de l’humus après la pluie, jusqu’à ce que nous acceptions.

Dany : Ce que j’aime dans ces lectures c’est la notion de responsabilité. Non pas que l’on a ce qu’on mérite mais qu’on est partie prenante dans ce qui nous arrive. Cela évite les jérémiades stériles et ça va dans le sens de l’acceptation.

Michel : Je vais une nouvelle fois dans nos échanges citer les Conversations avec Dieu de Neal Donald Walsch « Alors, comprenons ce que tu sais sans doute déjà : toute maladie est créée par soi-même.La plupart des gens le fond tout à fait inconsciemment. Dès lors, quand ils tombent malades, ils ne savent pas ce qui leur tombe dessus. Ils disent que quelque chose leur est arrivé, non qu’ils se sont fait quelque chose. »

Dany : Lise Bourbeau dit exactement la même chose, dansÉcoute ton corps.« La majorité des gens décrivent la maladie comme étant une malchance ou une épreuve dans leur vie, une quelconque injustice, surtout si la maladie se révèle héréditaire ou contractée à travers quelqu’un d’autre. Raisonner de la sorte, c’est d’aller à l’encontre de la grande loi de la responsabilité. Chaque maladie et accident survenus dans ta vie ont été provoqués par toi-même. Mais qui peut bien vouloir se faire arriver des maladies ? me diras-tu. À cela, je te répondrai qu’on le fait inconsciemment la plupart du temps. La maladie représente tout simplement un signal de ton corps. »

Michel : On en revient toujours à la chose la plus importante au monde : l’amour. Qui doit commencer avec soi-même. Pour moi qui me sent toujours comme un petit homme lâché par la buse – la cigogne du pauvre – dans le champ de personne, rien n’est moins évident.

Dany : Mais la leçon est bonne. Notre corps physique est le reflet de ce qui se passe à l’intérieur de nous, soit au plan psychologique soit au plan spirituel. Accepter les messages de notre corps comme des messages d’amour sinon, la fréquence des maladies ou des accidents augmentera jusqu’à ce qu’on se pose les bonnes questions.

Michel : Ta maman vient justement d’en passer par-là.

Dany : Oui, elle sort d’une très grosse bronchite qui l’a menée à l’hôpital en urgence à deux heures du matin. Trois semaines de piqûres d’antibiotique l’ont vraiment mise à plat et elle s’est retrouvée du jour au lendemain à ne plus rien pouvoir gérer seule, elle qui était complétement autonome à 86 ans. Aujourd’hui elle remonte la pente doucement.

Michel : Alors tu lui as parlé de tes lectures, de cette discussion qui vole sur les chevaux du temps…

Dany : Oui, bien sûr et elle y a réfléchi avec intérêt. Elle pense aussi que son corps a eu besoin de la rappeler à l’ordre car elle avait pris l’habitude d’en faire plus que ce qu’elle pouvait. Qu’elle ne voulait pas lâcher-prise sur le changement et qu’elle voulait toujours en faire autant que ses amis qui sont tous bien plus jeunes qu’elle. Il lui a fallu cet arrêt forcé pour entrer dans l’acceptation.Voici le petit mot qu’elle a écrit à ce propos :

Nicole : La maladie a-t-elle un sens ? Pour moi oui. Elle libère des automatismes coûteux en énergie. Elle donne du temps à savourer. Elle nettoie, comme une retraite. Un cadeau. Vivre ce lien en nous, avec l’Infini. Lien qui ne se perd jamais. Énergie créatrice du Christ, du Saint Esprit. De l’Amour.

Michel : Elle a fêté hier ses 87 ans et, comme une hirondelle fait le printemps, elle est repartie dans le tourbillon de la vie, pour notre plus grand bonheur.

Dany : C’est vrai. J’ai encore une question qui me vient : nos maux ne seraient-ils pas aussi la source de notre créativité ? Sans nos angoisses, nos peurs et nos peines, aurions-nous envie de créer ? Quand tout va bien on a juste envie de vivre et de profiter… Serais-tu devenu écrivain si tu avais été plus heureux ?

Michel : Sans doute pas. Mais ce sont nos émotions qui nous poussent dans la création, pour les transcender, pas nos petits maux et nos grandes maladies. Entre 1990 et 2000, j’ai par exemple connu une période de grande productivité ou j’ai cessé de me traîner comme un chien crevé au fil de l’eau, l’arrêt presque total de mes migraines y était pour quelque chose.

Dany : Les émotions, bien sûr. C’est elles que l’on doit transformer en créativité.

Michel : Je suis, en tout cas, de ceux qui ont toujours écrit « avec leur cœur ». Encore faut-il avoir ce machin en bon état dans la poitrine. Il y a un dicton chinois qui dit : « chéris un grand malheur ». Car c’est dans les crises en effet, que l’on peut atteindre des couches de plus en plus profondes de notre personnalité.

Dany : Chez les chamans, c’est la crise initiatique, une épreuve de souffrances atroces dans le monde d’en bas, qui leur confère des pouvoirs de guérisseurs.

Michel : « Quand vous soignez les malades avec vos mains, votre souffle, vos prières, vos formules secrètes… tout ça c’est pareil… Et ça ne fonctionne pour de bon que si le guérisseur, la guérisseuse, a une très grande compassion pour ceux qu’il soigne. Cette compassion nepeut exister, en général, que si on a connu soi-même une profonde souffrance, physique ou morale, et souvent les deux.[4] » Mon Aline Colin le savait aussi.

Dany : Donc transcender la souffrance entraîne des bienfaits… Les ethnologues ont démontré que les rites initiatiques, qui sont de grandes souffrances à traverser, entraînent une foule d’effet positif tels que le renforcement du bien-être émotionnel et physique, la sensation de force personnelle et d’indépendance, le sentiment de profonde connexion à la nature et au cosmos et le sentiment d’appartenance sociale et de cohésion.

Michel : « La maladie est le plus court chemin pour parvenir à soi-même. » C’est de Bergson.

Dany : Je crois que je comprends les effets positifs de la souffrance que l’on a réussi à dépasser mais je ne comprends toujours pas ce que dise certain, comme Guy Corneau :   « À long terme, la souffrance favoriserait la découverte d’un monde où il n’y a pas de séparation réelle entre l’intérieur et l’extérieur, entre le corps et l’esprit, entre soi et les autres, entre l’humanité et l’Univers. »

Michel : Pour accéder à la profondeur du « silence », (que tu peux appeler « la source », si tu préfères) il faut accepter ses émotions, affronter toutes les peurs du mental. L’Ego doit lâcher, il est conditionné par ses névroses et ses systèmes de défense, sa peur de l’abandon. Il faut « traverser une nuit noire de l’âme », pouvoir aller au bout et la transcender, jusqu’à ce que l’ego se dissolve et qu’on puisse atteindre la joie sans objet. C’est cette part de nous qui est Conscience et qui observe avec amour. Il s’agit d’une expérience profonde, un appel de l’être en nous.[5]

Dany : C’est une expérience spirituelle digne des grands mystiques, peut-être pas donnée à tout le monde. Revenons-en au lien entre émotions et maladies, cela reste une intuition passionnante à étudier quand on cherche le sens de nos maux, non ?

Michel : Le professeur David Khayat, oncologue, a sorti un livre récemment sur le lien entre émotions et cancer. Lui aussi pense que comprendre les causes reste la seule source possible d’espoir de guérir, de prévenir et d’éviter la maladie.[6]

Dany : Oui, il explique queles cellules cancéreuses ne se multiplient pas de manière constante. Il faut plus de 20 ans pour atteindre une petite masse palpable. Les émotions peuvent accélérer ou freiner la multiplication. Il pense qu’on peut avoir un petit cancer en nous qui ne se développe pas pendant de longues années et qui peut accélérer sa progression sous le coup de certains stress.

Michel : Le stress est à l’origine du cancer et de la récidive d’un cancer.

Dany : J’ai beaucoup aimé ses explications car il se base sur ce qu’il a observé durant ses 40 ans de carrière. Il faut être courageux pour émettre des idées qui vont à l’encontre du paradigme scientifique dominant. J’ai même retrouvé un lien dans sa « révélation finale » avec la théorie quantique d’Emmanuel Ransford (celle qui expose que chaque électron possède une infime particule de conscience qu’il nomme psi, et où chaque cellule est intelligente et consciente d’un bout à l’autre de l’Univers.) Voilà ce qu’il dit, donc, à la fin de sa thèse : « les cellules pensent, les cellules aiment : elles ont une conscience et ressentent des émotions. Elles peuvent cesser de lutter ou se suicider au contact d’un trop fort stress. »

Michel : D’où l’importance d’essayer de comprendre l’origine de nos émotions. Travailler sur ses peurs, exprimer ses sentiments, adopter une bonne hygiène de vie…

Dany : Ses 7 clefs d’or pour vaincre le stress sont : Méditer, Respirer, Masser, Ancrer, Stimuler, Créer et Semer.

Michel : Sans oublier l’Acceptation. Le Pardon et l’Amour…

Dany : Ouais… On a du boulot, en somme. C’est passionnant. Mais si dur parfois… Peut-être qu’il faudrait penser à « refaire ce mondo en moins merdicus », comme dirait May, tout compte fait ! Un mondo où tu es encore là…

Michel :Ne t’inquiète pas ma grande, « j’existe maintenant et c’est déjà toujours. Je suis bien, souffre pas du tout, pas le moindre bobo nulle part, bono bobo, bonobo. [7]»

 

 

 

 

Bibliographie :

 

  • Luc Bodin, Découvrir le sens caché des maladies : Pour obtenir une guérison complète et retrouver son chemin de vie, Guy Trédaniel, 2018.
  • Lise Bourbeau, Écoute ton corps, ton plus grand ami sur Terre, Tome 1, Éditions E.T.C. INC, 1987.
  • Lise Bourbeau, Qui es-tu ?Éditions E.T.C. INC, 1988.
  • Lise Bourbeau, Ton corps dit : « Aime-toi ! », le livre le plus complet sur la métaphysique des malaises et maladies, Éditions E.T.C. INC, 1997.
  • Guy Corneau, La guérison du cœur. Nos souffrances ont-elles un sens ?, Réponses, Robert Laffont, 2000.
  • Roger Fiammetti, Le langage émotionnel du corps : L’approche somato-émotionnelle, chemin de libération, Chemin de l’Harmonie, 2004.
  • Thierry Janssen, La maladie a-t-elle un sens ?Fayard, 2008.
  • Thierry Janssen, Écoute le silence à l’intérieur, L’iconoclaste, 2018
  • Pr David Khayat, L’enquête vérité, Albin Michel, 2018.
  • Darian Leader, Bipolaire, vraiment ?,Albin Michel, 2014.
  • Jacques Martel, Le grand dictionnaire des malaises et des maladies, coll. Ressources et Santé, Éditions Quintessence, 2007.
  • Michel Odoul,Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi : les cris du corps sont des messages de l’âme, Albin Michel, 2002.
  • Bruno Repetto,Bienheureuse maladie : Comment dénouer les mémoires émotionnelles, Dervy Poche, 2012.

 

Romans :

  • Michel Jeury, La grâce et le venin, Robert Laffont, 1992.
  • Michel Jeury, May le monde, collection « Ailleurs et Demain », Robert Laffont, 2010.
  • Michel Jeury, Les Beaux Jours du Dr Nicolas, Robert Laffont, 2010.

 

Podcast :

  • Métamorphose, d’Anne Ghesquière. Épisode #6 – Thierry Janssen : je reviens à l’essentiel pour éveiller ma conscience.

 

 

[1]  Guy Corneau, Nos souffrances ont-elles un sens ?

[2]Michel Jeury, Les beaux jours du Docteur Nicolas.

[3]Michel Jeury, Les beaux jours du Docteur Nicolas, Robert Laffont, 2010.

[4]Michel Jeury, La grâce et le venin, Robert Laffont, 1992.

[5]PodcastMétamorphose, d’Anne Ghesquière. Épisode #6 – Thierry Janssen : je reviens à l’essentiel pour éveiller ma conscience.

[6]Pr David Khayat, L’enquête vérité, Albin Michel, 2018.

[7]Michel Jeury, May le Monde, Robert Laffont, 2010.

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