Ces animaux capables de télépathie.

Dialogue apocryphe avec mon père, II

dany-michel_jeury-L400.jpgDany : Je viens de terminer Les animaux et le paranormal de Louis Benhedi et Pierre Macias et cette lecture me fait repenser à notre première discussion virtuelle. Une fois encore j’ai envie de partager mes interrogations avec toi.

Michel : Avec plaisir ma grande. Il suffit que tu penses à moi pour que je sois près de toi. Reprenons notre conversation : on en était à bavarder de la petite particule de conscience que l’on retrouve sur chaque électron et qui rend l’Univers entier conscient et connecté.

Dany : La théorie de Ransford, oui, qui nous a permis de comprendre les travaux de Cleve Bakster sur les plantes capables de lire des informations dans notre cerveau (Cf. Dialogue apocryphe avec mon père I : La conscience, le vent, les arbres et les fleurs…) Et bien, aujourd’hui je découvre que les animaux ont aussi cette capacité ! Si les plantes le peuvent, tu me diras, ça paraît logique…

Michel : Oui, c’est une capacité qui découle de notre connexion quantique, mais plus le cérébral est présent, moins ces facultés universelles sont accessibles. Donc, les plantes et les animaux sont plus sensibles à la télépathie que vous dans la vie bonobo[2], cela ne m’étonne pas.

Dany : Hi ! C’est vrai que toi, depuis que tu es parti rejoindre May sur une autre brane, tu es connecté au Grand Lien en permanence… Mais les animaux aussi, se débrouille pas mal, je trouve ! Regarde, les oiseaux par exemple, ils sont capables de voler en groupe et les poissons de se déplacer en banc, comme une seule entité. On dirait qu’il existe une sorte de lien télépathique qui unit les membres d’un même groupe social et qui leur permet de fonctionner comme un seul être…

Michel : Rupert Sheldrake a donné un nom à cette connexion étonnante qui lie entre eux les êtres d’un même groupe, il l’appelle le champ morphique.

Dany : Et tu penses que le lien télépathique qui peut également exister entre un animal et son maître, quand leur relation est vraiment très forte, est de même nature ?

Michel : Et toi, tu en penses quoi ?

Dany : Dans tout ce que je lis, je remarque qu’il faut qu’il y ait un véritable amour entre les êtres pour que la télépathie fonctionne, entre nous, humains, ou avec nos bêtes. Donc oui, ça pourrait être de même nature, si on estime que les animaux d’un même clan éprouvent de « l’amour » entre eux…

Michel : Je pense à cette phrase de Barjavel dans La faim du Tigre, « Si Dieu avait eu besoin d’être adoré, il n’eut créé que des chiens. »

Dany : Ah, ah ! Excellent. C’est vrai que les liens tissés par les animaux semblent souvent plus solides que les nôtres. Et on les juge plus bête à cause de cela. C’est idiot…

Michel : Les animaux se posent moins de questions que nous. Ce sentiment nécessaire pour la télépathie et que que tu nommes « amour » peut aussi être appelé « appartenance », « lien », « connexion ». Quand le cérébral se tait et que le cœur prend le dessus, la toile suprale de l’univers se dévoile enfin.

Dany : Dans le livre dont je te parle ils citent l’exemple d’Emile, ce chat qui suit son maître partout dans son appartement en le précédant. Il s’agit d’un vieil homme qui fait toujours le même chemin entre les pièces, chez lui, et le chat connaît tellement bien son parcours qu’il passe devant. Il suit donc son maître en étant devant lui.

Michel : « Passe devant et suis-moi ! » C’est ce que je disais tout le temps à mes chiens.

Dany : Je me souviens. Mais un jour, dans mon histoire, le maître du chat décide de changer son sacro-saint itinéraire : et à l’instant où il en prend la décision mentale, le chat (qui est toujours devant) change aussitôt son itinéraire. Le gars, complétement incrédule, a fait pleins d’autres tentatives et le chat ne s’est jamais trompé ! Il va là où son maître pense, en temps réel !

Michel : Les animaux sont connectés à leurs maîtres et ce n’est pas nécessaire qu’ils soient près l’un de l’autre. Rupert Sheldrake, a mis en place une expérience sur la télépathie avec un perroquet qui était en mesure d’utiliser plus de 700 mots. N’Kisi, l’oiseau chéri d’Aimée Morgana. Pour les besoins du test, la jeune femme et le perroquet ont été placés chacun dans une pièce différente mais filmés en simultané. Aimée ouvrait des enveloppes contenant des images qui représentaient quelque chose que le perroquet pouvait nommer. Elle se concentrait dessus pendant deux minutes et on enregistrait ce que disait le perroquet pendant ce lapse de temps. Et les résultats ont été statistiquement significatifs, tu t’en doutes, c’est-à-dire que la plupart du temps le perroquet « devinait » juste.

Dany : C’est intéressant de découvrir que certains scientifiques s’intéressent à des phénomènes que tout le monde dénigrent.

Michel : Je pense aussi à une autre capacité animale que beaucoup de personnes ont remarqué : celle des chiens qui savent que leur humain va rentrer à la maison, même si ce n’est pas son heure habituelle.

Dany : Ils en parlent dans mon livre ! Il s’agit de Kitty, une chienne qui attend sa maîtresse devant la porte dix minutes avant son arrivée, quelle que soit l’heure de son retour. Et cette dame n’a jamais les mêmes horaires !

Michel : Le lien télépathique est un lien quantique, qui n’est pas soumis aux lois de l’espace-temps. Des milliers de kilomètres peuvent séparer les deux âmes qui ont créé un lien indéfectible, la télépathie est surpalumineuse

Dany : Plus rapide que la vitesse de la lumière. Instantanée.

Michel : Aujourd’hui, quand tu penses à moi, aussitôt je t’entends. Les chiens, eux, savent faire cela de leur vivant car leur mental ne prend pas toute la place dans leur cerveau… Je me souviens d’avoir assisté à cette extraordinaire capacité canine lorsque nous habitions à la Bambouseraie.

Dany : Tu parles de Burrus et Kikko, les chiens de Muriel ?

Michel : Oui, tu te rappelles que je m’occupais d’eux quand leur maîtresse n’était pas là. Et bien un jour, je les ai vus se jeter sur le portail, fous de joie, comme si elle était sur le point d’arriver ; pourtant son retour n’était prévu que le lendemain. J’ai donc tenté d’expliquer aux chiens qu’ils allaient devoir patienter une journée de plus… pour finalement voir apparaître Muriel quelques heures plus tard. Elle avait avancé son retour, sans en informer personne. Mais eux l’ont su dès l’instant où elle l’avait décidé.

Dany : Incroyable ! Du coup je me penche plus en profondeur sur ce phénomène et je découvre que Rupert Sheldrake (encore lui !) a bel et bien prouvé en 2000 (en publiant ses expériences au protocole scientifique dans Ces chiens qui attendent leurs maîtres) qu’à l’instant où l’homme décide de rentrer et entame un mouvement pour le faire, l’animal aimé, où qu’il soit, se met soudain à l’attendre. Il perçoit l’intention ET le mouvement.

Michel : La science se déride. Les draps m’en tombent

Dany : Grimm’s[3] ! Oh là là, j’adore discuter avec toi, c’est toujours pareil. Donc, s’ils perçoivent le mouvement cela expliquerait le « pistage psy », non ? Tu sais, l’animal capable de parcourir de longues distances inconnues et de retrouver son maître ?

Michel : Le mouvement ne suffit pas. Comment expliques-tu ceux qui sont capables de retrouver le corps de leur maître enterré dans un cimetière où ils ne sont jamais allés ? Plus de mouvement… Le flair ? Alors comment expliquer l’animal capable de retrouver l’urne de son maître incinéré et reposant dans un colombarium ? Plus de flair cette fois-ci… mais quoi ?

Dany : En fait, je crois que tu m’as donné la réponse juste avant ! Ce lien indéfectible et télépathique unit en fait les deux âmes. Selon moi, c’est l’âme du défunt qui entraîne son ami chien sur les traces de ce qui reste de lui dans le monde physique. L’âme, à ce moment-là, ne s’est donc pas encore éloignée de son corps…

Michel : Intéressant. Donc tu penses que les animaux qui ont un lien d’amour avec un être cher peuvent « ressentir » son âme dans n’importe quelle circonstance, même après sa mort ?

Dany : Certains animaux, en tout cas. Pour les chiens, je crois, on a recensé des exemples de connexion posthume. Les chats aussi sûrement…

Michel : Tu te rappelles de ce livre que je t’avais prêté, L’autre côté de la vie ?

Dany : Bien sûr. Philippe Ragueneau y raconte comment, par-delà la mort, son épouse Catherine Anglade continue de communiquer avec lui. C’est encore une histoire de télépathie en somme… Comme quoi, certains humains en sont aussi capables ! D’ailleurs, journaliste et rationnel, il a quand même dû se faire violence pour accepter le surgissement de l’invisible dans sa vie.

Michel : Et les chats ?

Dany : C’est vrai qu’ils avaient deux chats, dont un que Catherine adorait tout particulièrement, Lulu je crois. Elle communiquait aussi avec lui ?

Michel : On découvre plutôt que, depuis qu’elle est passée de mon côté du miroir, le chat la « sent ». Rappelle-toi de son explication : « Chez Lulu ce qui marche c’est ce sixième sens qu’ont tous les chats, ce système mystérieux d’ondes réfléchies qu’aucun scientifique n’a jamais pu expliquer. En l’appelant, ma présence s’est orientée vers lui, a pesé sur lui. Et ça, il l’a très bien senti. Ils sont fantastiquement sensitifs. »

Dany : Ah oui, j’ai ressorti le bouquin et trouvé deux exemples dont celui où Philippe raconte avoir vu Lulu (qui n’était jamais démonstratif avec lui) faire soudain des huit dans ses jambes en ronronnant à l’instant même ou lui-même a ressenti la présence de sa femme tout près d’eux.

Michel :« Il suffit de croiser son regard avec celui d’un chat pour mesurer la profondeur des énigmes que chaque paillette de ses yeux pose aux braves humains que nous sommes.[4]»

Dany : C’est vrai, quand j’y pense, j’ai souvent vu des chats être subjugués par un truc complétement invisible à nos yeux ! Et… Oh ! À l’inverse quand on écoute les récits de certaines TCH, on se rend compte que beaucoup d’animaux aimés décédés viennent voir leur maître vivant sans qu’ils s’y attendent. On est d’accord, les animaux ont bien une âme et une certaine connexion avec leur humain.

Michel : La TCH, c’est l’hypnose du Docteur Charbonier, c’est ça ?

Dany : La Trans Communication Hypnotique, oui. Un protocole mis en place pour que les vivants puissent communiquer avec les défunts par le biais de l’hypnose. Après plus de 10 000 personnes testées, les résultats sont de 67 % de réussite, dont je n’ai hélas pas fait partie. Le taux de réussite augmente significativement chez les personnes habitués à pratiquer la méditation. Je dois encore m’entraîner avant d’y retourner.

Michel : Le psychologue américain Allan Botkin dit obtenir 75 % de contact avec les défunts avec sa technique particulière d’EMDR. C’est aussi de l’hypnose… En États Modifiés de Conscience, vous avez accès à d’autres réalités, c’est un fait.

Dany : Oui, j’ai lu son livre au mois de juin. Mais il y a encore très peu de praticiens formés à cette technique en France. Un à Paris, un à Marseille… c’est tout ce que j’avais trouvé à l’époque.

Michel : L’âme des animaux… le grand combat de Jean Prieur en 2001. Une évidence pour tous les amis des bêtes.

Dany : « Dieu des bêtes, prenez Mauvais au Ciel. C’était un chien très bon. Il mangeait les mouches, mais il a demandé pardon. » J’adore cette jolie prière inventé par Vincent à la mort de son chien, dans ton livre Le vrai goût de la vie.

Michel : À l’âge de Vincent, moi aussi j’avais la terre sous mes sabots, les cabots dans mes jambes, les arbres sur ma tête et le ciel en guise de casquette.

Dany : Et moi, c’était les chats : Isa, Léonard, Sidonie… Je cherche dans mes bouquins, du coup, si les capacités de ces petites bêtes-là ont été testées par certains scientifiques, tu m’aides ?

Michel : J’ai. Il s’agit d’une expérience réalisée aux États-Unis avec un homme nommé Harari qui disait avoir la possibilité de sortir de son corps. Cet homme avait un chat. L’expérience a consisté à placer l’animal dans une pièce et son maître dans une autre. Je reste dans Les animaux et le paranormal.

Dany : Page 57, Bravo papa !

Michel : L’homme avait pour mission de sortir de son corps et de se rendre auprès de son chat. Durant la période qui précédait la sortie hors du corps de son maître, le chat arpentait la pièce. Dès que son maître se mettait en état de sortir de son corps, l’animal cessait de s’angoisser et arrêtait ses va-et-vient. Cette expérience a été reproduite de nombreuses fois et les statistiques sont très significatives. Elles établissent clairement une corrélation entre les « sorties hors du corps » de Harari et l’attitude paisible du chat enfermé dans une pièce. Comme si l’animal était tranquillisé par la présence de son maître.

Dany : Donc, si je comprends bien, en observant les animaux, on a pu déduire qu’un lien télépathique est possible entre les êtres chers ; que ce lien unit les âmes entre elles et que les animaux mieux que nous sont capables de ressentir la présence d’une âme.

Michel : Ma peau d’âme est unie à la tienne de manière indéfectible. Mais le chat Nahko a plus de facilité à me sentir quand je suis près de ta mère.

Dany : Tiens… ça me fait penser au roman de SF jeunesse qu’on a écrit ensemble : Le chat venu du futur. Un chat télépathe, tu te souviens ? On était pas si loin de la réalité alors, c’est drôle !

Michel : Tu aimais beaucoup les chats. « Celui qui tomba un jour du futur dans le cœur de ma fille Dany court toujours par monts et par branes. Loin-loin. » J’ai consenti pour toi à en faire la race dominante dans ce roman humoristique que nous avions dédié à notre jolie Vinciane. Ils étaient télépathes et voyageurs temporels. De mon côté, dans une plus profonde vallée du temps, j’ai choisi les chiens et les serpents pour ces voyages d’un genre qui m’est cher.

Dany : Oui, n’oublions pas les chiens.

Michel : J’en ai enterré quatre ou cinq mais le fidèle César vit pour l’éternété [5],dans la vallée du temps profond. Il y a beaucoup d’animaux dans mes romans, même si les couvertures les montrent peu.

Dany : « Quelquefois, le cœur plein d’un espoir fou, je poursuivais au fond de la vallée mon chien César, un corniaud fureteur qui connaissait mieux les secrets de l’Univers qu’un professeur de grec à la Sorbonne. »

Michel : « Il paraît que le tamanoir et l’ornithorynque sont aussi de bons voyageurs temporels. Et nous, les malins bipèdes qui nous disons rois de la création, sommes tout juste bons à rester le cul sur le jour d’aujourd’hui.[6] »

Dany : Pas plus malins que les animaux, non. Et moins doués en télépathie. Mais s’ils savent lire nos pensées sont-ils aussi capables de nous envoyer les leurs, parfois ?

Michel : Devine et songe. Les quelques cas recensés sont essentiellement reçus en rêve, quand le cerveau humain est en veille. Ce sont surtout des appels au secours prévenant l’homme que l’animal est en danger ou en train de mourir.

Dany : Un appel au secours sous forme de rêve… C’est amusant mais il semblerait que les plantes aussi savent le faire. J’ai lu l’histoire du rêve de Didier van Cauwelaert qu’il a intitulé « l’appel de l’Arbre » dans son Nouveau dictionnaire de l’Impossibleet qui met en scène un arbre appartenant à l’un des lieux qu’il a le plus aimé sur Terre. Encore une fois cette notion de lien d’amour… Et ça rejoint bien ce que tu a dis : une sorte d’appel au secours car son noyer allait mourir. Didier rêve qu’il est dans sa chambre, dans son ancienne maison, mais que le feuillage de son arbre devant sa fenêtre a disparu. Il ressent une oppression, il transpire comme dans un cauchemar alors qu’il ne se passe rien… Il finira par consigner son rêve par écrit avec la date et plus tard il se rendra sur place pour découvrir que les nouveaux propriétaires avaient abattu le noyer et construit une piscine à la place. En demandant la date à laquelle ils ont coupé l’arbre, Didier se rend compte que son rêve avait eu lieu la veille de l’abattage.

Michel : Après avoir lu L’intelligence émotionnelle des plantes on peut penser que l’arbre a puiser cette information dans l’esprit des nouveaux propriétaires et qu’il a envoyé un appel au secours à l’esprit de celui qui l’aimait toujours. C’est beau. Mondo paradiso.

Dany : J’aime quand le merveilleux rejoint la science. Les plantes et les animaux avec lesquels nous sommes en lien sont donc capables de lire dans nos esprits et de nous envoyer des messages. On va peut-être en finir avec la suprématie humaine, tu ne crois pas ?

Michel : L’antispécisme[7] va peut-être finir par réconcilier l’animal, l’humain et la nature. L’animal est une personne dit Franz-Olivier Giesbert. Quant aux arbres, on leur découvre des capacités insoupçonnés tous les jours… Francis Hallé, Peter Wohlleben, merci.

Dany : C’est vrai qu’en feuilletant le livre de FOG, on apprend à quel point certains philosophes se sont trompés sur la condition animale. Descartes, par exemple, n’a eu de cesse de mettre les bêtes au bas de l’échelle avec les plantes et les pierres, qui à ses yeux, ne seraient que des automates et rien d’autres !

Michel : La théorie des animaux-machines, où les bêtes n’auraient ni âme ni intelligence ni sensibilité… Mais aujourd’hui nous n’avons plus d’excuses : la science a réellement relégué ce concept cartésien dans la poubelle de l’Histoire. Il ne reste plus que la possibilité d’en faire une bonne histoire de science-fiction !

Dany : Quant à la phrase la plus célèbre de Bergson « le rire est le propre de l’homme », là encore rien n’est plus faux ! Les chiens rient. Les chèvres, les chimpanzés aussi.

Michel : Les rats rient aussi. Quand ils jouent entre eux ou quand on les chatouille. Le phénomène a été prouvé et établi par des chercheurs d’universités de l’Ohio et de l’Illinois.

Dany : Beaucoup d’animaux sont la preuve vivante que l’espèce humaine n’a pas le monopole des « propres de l’homme ». Le rire, l’intelligence, l’empathie, la gratitude, l’entraide, l’altruisme, la compassion… la sympathie, la générosité.

Michel : Que des beaux sentiments, tout ça ! La jalousie aussi. L’histoire de la pie de Michel Legrand m’amuse beaucoup, moi qui aime les oiseaux. Figure-toi que quand le musicien se mettait à jouer du Bach sur son piano (et uniquement du Bach), la pie se jetait sur les partitions qu’elle détruisait à coups de bec. C’est déjà intéressant de voir que l’oiseau faisait un rapport entre la musique entendue et les feuillets sur le pupitre, mais c’est encore plus amusant de se dire que soit l’oiseau n’aimait vraiment pas cette musique, soit elle ressentait l’amour inconditionnel que vouait Michel Legrand au compositeur quand il se mettait à en jouer. Ivre de jalousie, elle réduisait donc en pièce ce rival intolérable.

Dany : Je « pecque un riro blues » comme dirait May. Les animaux sont incroyables ! Ce sont véritablement nos semblables. J’adore ce passage dans le livre de Franz-Olivier Giesbert, quand il dit : « Je n’oublierai jamais la joie de vivre du renard que j’ai vu danser face au soleil, à la fin d’une splendide journée d’août, dans mon clos normand. Je n’oublierai jamais le rire du labrador qui s’amusait à cacher mes chaussures. Je n’oublierai jamais le regard dévasté du chevreuil accidenté de la route, sur la départementale de Cavaillon, que des Thénardier provençaux s’étaient empressés de fourrer dans le coffre de leur camionnette pour le débiter chez eux. Dans ses yeux, je lisais qu’il était mon semblable : nous n’avions pas besoin de nous parler pour nous comprendre. »

Michel : Entre eux et nous, la frontière est incertaine. Comme le Temps[8]. N’oublions pas que le sens de la justice et de l’équité a été prouvé chez le singe,  et la conscience de soi démontrée chez l’éléphant, le cochon, le dauphin et chez beaucoup de singes.

Dany : Chez le cochon ?

Michel : C’est un des animaux les plus intelligents, ma grande. Et, en effet, il est capable de reconnaître son image dans un miroir. Il serait le 10èmesur la liste de Wilson, grand biologiste et entomologiste américain. Après le chimpanzé, le gorille, l’orang-outan, le babouin, le gibbon, le macaque, la baleine, le dauphin et l’éléphant, le numéro 9. Plus malin que le chien, donc…

Dany : Il paraît qu’on a 95% de notre ADN en commun avec lui.

Michel : Comme nous, il est rose en Occident et noir en Afrique.

Dany : Ah oui ! C’est drôle.

Michel : C’est un animal sociable et créatif, qui n’en fait qu’à sa tête… comme nous. C’est aussi un grand émotif auquel un stress important peut provoquer un arrêt cardiaque. Je me sens proche de cette brave bête, tu penses bien ! Nous greffons déjà ses valves cardiaques sur l’homme et cherchons à l’utiliser comme donneur d’organes. Il aurait une intelligence équivalente à celle d’un enfant de trois ans.

Dany : Il suffit de regarder un animal dans les yeux pour voir qu’il a une âme, des sensations et des sentiments ! Et toi tu leur as toujours rendu justice dans tes romans. Je repense à La Casta, la vache de la famille Taradel, dans La charrette au clair de lune : « La Casta souffle des naseaux et fait voler le son. Elle prend deux bouchées et détourne la tête. Pierrot croise son regard dans un rayon de lune. Ses gros yeux ronds et doux sont pleins de fatigue, de misère, de peur. Il en est tout remué. »

Michel : J’ai écrit ce roman en souvenir d’une vache que nous avions et qui s’appelait vraiment La Casta. Un jour, elle a été trop vieille et il a fallu la vendre. Elle en avait vu des vieilles vaches et des petits veaux, partir avec le boucher pour ne jamais revenir. Mon père l’a tirée de l’étable avec une corde. Avant de monter dans la bétaillère, elle a tourné la tête et m’a regardé. Elle savait. J’ai vu dans ses yeux un mélange presque humain de résignation et de désespoir. Je lui ai caressé une dernière fois le front et le museau. Je n’ai jamais connu d’adieu plus déchirant.

Dany : De cette discussion me monte soudain une triste interrogation : en voyant l’intelligence et l’âme des animaux, comment peut-on continuer à les manger ? J’en ai les larmes aux yeux…

Michel : D’après un article publié dans Le Monde en 2011, des psychologues australo-britanniques ont démontré que le consommateur de viande occidental doit faire face à ce qu’il appelle le « paradoxe de la viande » et que l’on peut analyser ainsi : dans les pays riches, les très nombreux adeptes du régime carné appartiennent aussi à la catégorie de personnes qui répugneront à faire du mal à un être vivant doté d’un esprit. Donc pour mettre son âme en paix et résoudre le paradoxe de la viande, le carnivore humain « démentalise » les animaux de boucherie (alors même qu’il anthropomorphise les animaux de compagnie). Ce déni d’esprit, disent les auteurs, n’est probablement pas le seul outil dont il dispose dans ce but : le poids de la tradition culturelle est sans doute aussi présent, ainsi qu’une faculté à occulter le lien viande-animal.

Dany : Oui, malgré nos connaissances sur l’intelligence des animaux, ont continue à faire semblant de croire au mythe de l’animal-machine pour nos animaux de consommation. Pour maintenir une cohérence cérébrale. Et moi, qui ne suis pas vraiment prête à devenir végétarienne, me voilà prise en pleine contradiction…

Michel : Tu peux peut-être commencer par te trouver des objectifs éthiques réalisables ? Commencer, par exemple, par supprimer de ta consommation le lait de vache et les bébés.

Dany : Le lait et les bébés ! Je ne comprends pas ?

Michel : Une vache est un mammifère, elle ne va produire du lait que si elle a un veau, tu ne crois pas ? On le lui arrache donc au bout de 24 h, quand le veau a bu le colostrum, pour ne pas perdre une goutte de lait destiné aux humains… Les veaux que l’on retrouve dans nos assiettes sont donc quasi-exclusivement des bébés mâles de vaches laitières, qui ne vivront que six mois, et en plus loin de leur mère.

Dany : Oui, je vais commencer par ça. Le veau. L’agneau aussi… Ce soir ce sera salade verte et tarte aux poireaux. Il pleut dehors, la nuit est tombée. Je dois aller préparer le dîner et déjà te quitter.

Michel : Il est temps, ma grande, de retourner au réel. Va, il n’est pas si mocho que ça ! En avant Peter Pan. En avant.

Dany : Oui, il va bien falloir… Mais comme tu sais « dans notre famille, nous avons toujours eu les cheveux en désordre et des rapports difficiles avec la réalité. Nous avons souvent une mèche qui tombe et nous nous frottons les yeux pour nous assurer que la vie n’est pas un rêve.[9]»

Grimm’s

 

Bibliographie 

Cleve Backster, L’intelligence émotionnelle des plantes, Guy Trédaniel, 2014.

René Barjavel, La faim du Tigre, Denoël, 1972.

Louis Benhedi, Pierre Macias, Les animaux et le paranormal, Les aventuriers de l’étrange, Sud Radio, Dervy, 2009.

Allan Botkin, La communication induite après la mort : une thérapie révolutionnaire pour communiquer avec les défunts, Guy Trédaniel, 2017.

Ernest Bozzano, Les manifestations métapsychiques des animaux, 130 cas prouvant la médiumnité animale, Édition JMG, 2002.

Aymeric Caron, Antispéciste, réconcilier l’humain, l’animal, la nature, Don Quichotte édition, 2016.

Didier van Cauwelaert, Le nouveau dictionnaire de l’impossible, Plon, 2015.

Jean-Jacques Charbonier, Contacter nos défunts par l’hypnose, la Trans Communication Hypnotique : une nouvelle thérapie pour le deuil, Guy Trédaniel, 2018.

Larry Dossey, La science des prémonitions, une approche raisonnée de notre capacité à prévoir l’avenir, Robert Laffont, 2009.

Franz-Olivier Giesbert, L’animal est une personne. Pour nos sœurs et frères les bêtes, Fayard, 2014.

Francis Hallé, Éloge de la plante. Pour une nouvelle biologie, Points, 2014.

Michel Jeury, Le Temps Incertain, ailleurs & demain, Robert Laffont, 1974.

Michel Jeury, Le vrai goût de la vie, Robert Laffont, 1988.

Michel Jeury et Dany Jeury, Le chat venu du futur, Hachette Jeunesse, 1998.

Michel Jeury, La charrette au clair de lune, Robert Laffont, 2000.

Michel Jeury, La vallée du temps profond, Les moutons électriques éditeur, 2007.

Michel Jeury, May le monde, ailleurs & demain, Robert Laffont, 2010.

Jean Prieur, L’âme des animaux, les aventures de l’esprit, Robert Laffont, 2001.

Philippe Ragueneau, L’autre côté de la vie, Éditions du rocher, 1995.

Rupert Sheldrake, Ces chiens qui attendent leur maître et autres pouvoirs inexpliqués des animaux, Éditions du rocher, 2001.

Rupert Sheldrake, Sept expériences qui peuvent changer le monde, Éditions du Rocher, 1995.

Bernard Werber, La boîte de Pandore, Albin Michel, 2018.

Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres – édition illustré, Les arènes, 2017.

Peter Wohlleben, L’intelligence des arbres, 2DVD, Jupiter Films, 2018.

[1]Cf. Dialogue apocryphe avec mon père I : La conscience, le vent, les arbres et les fleurs…

[2]Référence au langage grimm’s créé par papa dans son dernier livre de science-fiction May le monde. La vie bonobo = la vie temporelle.

[3]Grimm’s est l’équivalent de l’émoji Sourire.

[4]Citation de Jacques Laurent dit Cécil Saint-Laurent.

[5]L’éternel été, en langage grimm’s.

[6]La vallée du temps profond, Michel Jeury.

[7]C’est-à-dire considérer qu’il n’y a aucune justification à discriminer un être en raison de l’espèce à laquelle il appartient.

[8]Référence au livre phare de papa, Le Temps Incertain.

[9]Michel Jeury, LesSinges du temps, 1974.

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