La conscience, le vent, les arbres et les fleurs…

Dialogue apocryphe avec mon père.

Dany : Nos discussions me manquent… alors je fais ce que tu faisais le mieux de ton vivant, j’invente. Je te retrouve dans le fond de mon cœur et de mon âme pour partager encore et encore tous ces livres qu’on lisait ensemble, surtout à la fin de ta vie, quand la maladie ne nous laissait plus beaucoup d’espoir. Elle a eu le mérite de nous recentrer sur l’essentiel. Quel est le sens de la vie ? Y’a t’il quelque chose après la mort ?

Michel : Et bien sûr : est-ce que nos deux réalités pourront se croiser ? Tu vois que la réponse est oui. Je suis encore dans ta tête et dans ton cœur. Je lis par-dessus ton épaule, je te souffle une certaine inspiration…

Dany : Je te fais vivre dans mon imaginaire très souvent, c’est vrai. Mais avant que tu ne passes de l’autre côté, toi et moi nous avons lu pas mal de trucs sur le lien entre esprit et matière et on était déjà persuadé que notre contact ne se limiterait pas à cette rêverie où je te réinvente, comme ici.

Michel : C’est vrai. On a souvent cherché à en savoir plus sur la pérennité de la conscience. J’ai toujours été passionné par les NDE et je t’ai donné l’envie d’aller fouiller autour de cet étrange phénomène, toi aussi. Beaucoup de gens ont vécu des expériences de sortie de corps que ce soit au cours d’une NDE ou même d’un chute qu’ils croyaient fatale, d’autres pendant leur sommeil ou lors d’une transe. En fait, toujours au cours d’un état modifié de conscience.

Dany : Et leurs témoignages sont précieux quand on s’interroge sur la localisation de la conscience car elle semble parfois n’être plus liée au corps.

Michel : Beaucoup de chercheurs, en physique quantique notamment, s’intéressent à la conscience. Je sais que tu aimes bien la théorie de l’holomatière d’Emmanuel Ransford.

Dany : Oh oui ! J’ai lu La conscience quantique et l’au-delà il y a plus d’un an, j’ai trouvé le livre difficile et pourtant cette théorie m’a profondément marqué et chacune de mes lectures depuis renforce ma conviction qu’il a touché un point peut-être essentiel…

Michel : Pour expliquer les lois étonnantes de la mécanique quantique, Ransford a estimé que toute matière est holomatière car elle intègre une infime partie de la Conscience que l’on nomme le psi.

Dany : C’est ça. Et donc si chaque électron possède une infime particule psi alors l’Univers entier est intelligent et conscient !

Michel : En effet, si chaque particule de l’Univers possède une faculté rudimentaire d’initiative et de choix : un petit supplément d’âme, en somme, alors la conscience est à l’intérieur et à l’extérieur du cerveau. Elle est partout. Elle est l’Univers.

Dany : Et ces petites particules de conscience, ces psi, sont tous connectés entre eux comme une grande toile d’araignée, n’est-ce pas ? C’est un peu ce que disaient déjà les anciennes philosophies orientales : nous sommes tous reliés.

Michel : Exactement. Les psi tissent entre eux des Liens Suprals, ce qui explique la non-séparabilité quantique des particules dans l’infiniment petit. Pour essayer de nous faire comprendre la manière étrange de se comporter des quanta, Ransford a même inventé une petite légende…

Dany : La légende des Kwaku et des œufs de Cribkouq sans jaune ! les fils bleutés qui s’échappent des œufs de cribkouq pour aller vers d’autres œufs symbolisent ces liens quantiques.

Michel : Avoue, tu as feuilleté le livre de Ransford pour retrouver les noms de cette légende.

Dany : Rooh oui bien sûr ! De mon côté du monde j’ai encore besoin des livres et de mon ordi, papa. Pourtant cette légende m’avait fortement marqué… Je ne sais pas si tu te rappelles, mais il y a 20 ans, en 1997, j’ai écrit une petite nouvelle de science-fiction dans laquelle je voulais mettre en évidence les liens forts qui m’unissaient à ma très grande amie Emilie ? Un petit texte où l’on voyait soudain apparaître des fils bleutés, invisibles normalement, mais symbolisant l’amour et la non-séparabilité !

Michel : Le fil Bleu d’Aergistal, oui. Moi, je me souviens de tout, désormais, ma grande. On pourrait dire que c’était ta première histoire quantique. Tu avais pressenti ces liens suprals, invisibles et subjectifs. Tu avais puisé ton inspiration dans la grande toile invisible des archives akashiques.

 

Le fil bleu d’Aergistal. (Dany, 1997)

La pièce qui m’entourait il y a une minute vient de disparaître. Les murs couvert de sous-bocks, les chaises et les tables en bois ont glissé dans le néant. Seuls les clients du bar et les serveurs aux oreillettes ont gardé leur consistance : mais ils sont devenus transparents. Personne ne semble voir la métamorphose. Le noir du cosmos remplit le vide et chaque corps flotte ainsi, un verre de bière invisible dans la main.

En un instant le silence a couvert l’agitation : le regard d’Émilie m’a fait plonger dans le deuxième monde.

A l’intérieur des corps, des univers évoluent, tous différents, avec des planètes, des étoiles et des galaxies. Chacun de ces astres a établi une connexion, par un fil transparent, avec la personne qu’il représente : nous devenons, dans le deuxième monde, les relais d’une gigantesque toile de sentiments.

Les habitantes de cet univers d’univers s’affairent à tisser et à découdre les fils qui relient les hommes. Ce sont les Cartographes. Elles matérialisent dans leur monde les énergies de liaison. Ou bien est-ce qu’elles les créent et que nous sommes leurs pantins ?

A les regarder de près, elles ressemblent à des insectes verdâtres, à longues pattes, qui travaillent sans cesse.

Mon regard n’a pas quitté celui d’Émilie. Et pourtant je vois tout autour de moi les dizaines de fils qui relient les corps vidés de chair. Je vois les Cartographes tisser les nouvelles rencontres.

Je n’ai pas bougé.

Je suis reliée à mon soleil, dans le ventre d’Émilie. Et elle est attachée à son soleil dans mon corps. L’éclat de ces deux étoiles de feu rend les autres connexions de nos univers d’une extrême pâleur. La masse de nos soleils remplit soudain notre corps, recouvrant les univers qu’il protégeait. Leur couleur vire au rouge orangé : les étoiles se transforment en géantes rouges, dans une intense pulsation de lumière. L’éclat vert du regard d’Émilie s’assombrit doucement.

Le fil qui nous relie se colore d’un voile bleuté. Bleu tendre, bleu céleste, bleu Aergistal…

Aergistal. La Source. L’énergie du deuxième monde, fontaine de jouvence des Cartographes. Le fil plonge en Aergistal. Ou est-ce Aergistal qui avale le fil ?

A chaque transformation, les Cartographes se regroupent dessus et se nourrissent ainsi. Leur couleur change avec lui, elles deviennent verte comme des mantes religieuses.

Aergistal est un champ de force. Celui qui structure chaque univers, une sorte de peau qui emprisonne l’infini sans le restreindre. La mémoire des sensations, mais aussi l’âme de l’univers qu’il protège. Les connexions transparentes se tissent et se fracturent sans cesse, Aergistal l’immortel engendre des fils bleus.

C’était dans un bar à bières, un jeudi soir. Ce regard vert et intense, en accord avec le mien, a crée le fil bleu qui nous lie dans le deuxième monde.

La trame céleste qui forme Aergistal se matérialise sur nos deux visages. Le fil en formation flotte entre nos deux fronts. D’un bleu céruléen. L’intensité de l’opération provoque alors une collision des deux mondes. Le décor, autour de nous, réapparaît lentement. Les six mantes venues s’alimenter sur notre fil glissent sur la table en bois. Entre nos deux verres de bières.

Mes yeux sont toujours dans ceux d’Émilie. Pourtant je ressens nos univers corporels encore rougis par l’explosion, la trame bleutée sur nos visages, le fil qui nous relie et les mantes vertes explorant le paquet d’Amsterdamer.

Dans cet entre deux mondes, l’image du bar tremble, un peu inconsistante. Les clients, avec leur dizaine de connexions transparentes en mouvement, ressemblent à des marionnettes. Dans le ventre de ces poupées, des univers d’une beauté unique illuminent les alentours.

Les mantes exploratrices entament alors l’ascension de nos Aergistals. Trois d’entre elles sur celui d’Émilie, trois sur le mien. Arrivées au niveau du troisième œil, à la naissance du fil bleu, elles s’y aventurent, l’une derrière l’autre.

L’atmosphère est devenue sucrée, quand les petits insectes verts au milieu du fil ont disparu un à un, emportant avec eux la conscience du deuxième monde.

Le décor de la pièce a alors repris sa netteté, le brouhaha est réapparu. Nous ne bougions toujours pas. Des éclats de rire parvenaient à mes oreilles. Le bonheur qui avait coulé le long de notre fil semblait avoir contaminé chaque connexions transparentes, autour de nous.

 

Dany : Emmanuel Ransford dit de ces fils bleutés qu’ils tissent collectivement dans l’espace une grande toile invisible. Des motifs ou des figures peuvent y apparaître, ils permettent d’encoder et d’emmagasiner des données. Ils sont le support d’une information d’un genre nouveau qu’il appelle l’information suprale.

Michel : Il dit aussi que la fusion des psi individuels est si puissante qu’elle transcende l’espace-temps. Mon Aergistal aussi est lié au tien pour toujours…

Dany : J’aime discuter avec ta métaconscience, papa.

Michel : Merci ma fille. C’est là qu’est contenu la trace de mon vécu, archivée dans la matrice de l’Univers, d’après Ransford.

Dany : Il paraît que la métaconscience du défunt devient ensuite un fond documentaire à la fois privé, personnel et en partage. Disponible à tous, partout, en permanence. J’espère que la tienne pourra m’inspirer…

Michel : La mienne, comme les autres, alimentent les archives akashiques, oui. Je vais tâcher de t’aider à y puiser. Mais, chose amusante, Ransford pense que les humains ne sont pas les plus à même d’écouter ces métaconsciences qui bruissent à leurs oreilles. Te rappelles-tu de cette phrase ?

« Pendant longtemps, très longtemps, notre métaconscience dira au vent, aux fleurs, aux arbres et aux corps célestes qui nous étions de notre vivant, et ce qu’il nous a été donné de vivre et de ressentir. Et le vent, les fleurs, les arbres et les étoiles sauront que nous avons été. »

Dany : Ah oui ! Leur musique n’est pas assez forte pour nos oreilles, en fait… C’est à cause de notre cerveau-tout-puissant qui nous déconnecte de nos capacités intuitives, celles qui ne passent pas par le mental.

Michel : Mais sa théorie réenchante un peu notre monde, tu ne trouves pas ? Le vent, les fleurs, les arbres et les étoiles, grâce à leur petite parcelle de conscience quantique, ont accès à la grande toile invisible de l’information.

Dany : En somme, les travaux de Ransford donnent du crédit à ceux de Cleve Backster, ce scientifique américain qui a travaillé sur l’intelligence des plantes et qui a démontré leur capacité à capter les pensées humaines, grâce à un polygraphe branché sur un Dracaena.

Michel : Sûrement. Les plantes étant dépourvues de système nerveux central on les a longtemps considérées comme des organismes incapables de communiquer et de ressentir.

Dany : Mais comme elles ne sont pas polluées par ce mental, justement, elles sont bien plus capables que nous d’être branchées sur la grande toile suprale !

Michel : Oui, au même titre que les animaux, qui ressentent les catastrophes avant qu’elles n’arrivent grâce à cette connexion universelle dont l’homme semble un peu déconnecté.

Dany : En tout cas, j’adore cette idée que les arbres, les fleurs et les plantes écoutent toutes nos pensées, nos vies et nos histoires transportées par le vent. Celles des vivants et celles des défunts.

Michel : Les arbres ne s’ennuient jamais avec toute cette vie humaine qui murmure à leurs oreilles végétales.

Dany : Avais-tu déjà entendu parler des travaux de Cleve Backster ? Tu avais 32 ans, en 1966 quand il a découvert le phénomène de biocommunication qu’il a nommé “perception primaire.”

Michel : Non, j’avoue. 1966 pour moi, c’est l’année que j’ai choisi pour faire plonger Daniel Diersant dans la Chronolyse. Dans le Temps Incertain. Mais comme tout est relié, il y a peut-être un peu de biocommunication, disons… quantique, dans la matrice de ce roman.

Dany (sourire) : C’était ton histoire quantique à toi, en effet ! En étudiant cette perception primaire des plantes, Cleve Backster a découvert que tout le vivant était relié d’une façon intime et immédiate à la matrice de l’univers. Bien avant Ransford, donc. Cette biocommunication est comme une véritable “conscience cellulaire” qui fait réagir la plante à l’intention et à la pensée. Avant l’acte de l’homme, donc.

Michel : Une conscience cellulaire ? Un avant-goût du psi quantique inventé par Ransford. Voilà donc deux auteurs qui intègrent de la conscience dans des particules.

Dany : Ses travaux sont extraordinaires. Avec sa plante branchée sur un détecteur de mensonge (grâce auquel il pouvait mesurer les montées de sève) il a découvert qu’elle réagissait fortement à son intention de lui faire du mal. Bien avant la réalisation de son geste !

Michel : J’ai toujours tellement aimé les arbres, les plantes…

Dany : Backster a continué ses expériences pendant des années. Il a pu observer une capacité similaire chez d’autres végétaux. Il faut absolument lire L’intelligence émotionnelle des plantes publié en 2014 chez Guy Trédaniel. Peut-être que les gens sont prêts à ce qu’on leur parle de ça, aujourd’hui ?

Michel : Oui, plus prêts aujourd’hui qu’en 1966, c’est sûr. Le livre du garde forestier Peter Wohlleben La vie secrète des arbres, sortie en librairie il y a 15 jours, (début mars 2017 donc), a fait un tabac en Allemagne, à la surprise générale. Il y raconte que les arbres sont des créatures sociales. Ils apprennent, se souviennent, s’entraident et, grâce à un système de communication fongique, sorte de réseau social des bois, ils s’envoient des micro-signaux pour se prévenir de dangers. Ils sont courtois, fidèles, révérencieux, amoureux… à leur manière.

Dany : On est enfin prêt à réenchanter le monde. Il est vrai que le mien est toujours pure poésie quand je suis avec toi…

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