Nabe et la pièce de 10 centimes

Synchronicité : petit miracle de la vie ou occurrence aléatoire d’un monde chaotique ?

Croyez-vous au hasard ? Avez-vous déjà vécu des coïncidences étranges et extraordinaires ? De celles dont on a l’impression que la rencontre était planifiée d’avance par l’univers… Ces petits miracles de la vie quotidienne que Jung a nommé synchronicités.

Ma vie à moi est parsemée de ces jolis moments de grâce. Chaque fois qu’ils se produisent, ils me laissent hébétée, étonnée, séduite. Une vague de bonheur et de confiance en la vie m’envahit et mes priorités quotidiennes me semblent soudain ridicules. Toutes mes grandes interrogations refont surfaces. Qu’est-ce que la réalité ? Que faisons-nous sur Terre ? Notre destin est-il vraiment écrit d’avance ? Les synchronicités sont-elles un signe ?

Ma vision du monde découle de ces réflexions, elle se nourrit de science, de poésie et de spiritualité. Tout commença en septembre 2010. Il faisait beau et chaud, c’était un mercredi. Je m’en souviens puisque le café du village était fermé, nous offrant la place entière, vide de monde. Mes enfants jouaient. Vélo et trottinette slalomaient entre les chaises et les tables, sur les pavés. La fontaine glougloutait. A l’ombre des platanes, sur un banc de pierre je lisais un livre de Marc-Edouard Nabe, l’homme qui a arrêté d’écrire.

«  Happée par ma lecture, je ne surveille mes enfants que d’une oreille. Je lis. Sous le bleu du ciel, les phrases défilent dans ma tête. Je lis. Rire d’enfants. Je relève la tête, de temps en temps, pour voir mes deux garçons se poursuivre en s’amusant. Tout va bien. Je replonge dans ma lecture. Page 246. Nabe, qui se met en scène dans ce roman, est monté dans un bus sans avoir assez de monnaie pour s’acquitter de son ticket de transport. Manque de chance, il y a un contrôleur à l’intérieur et le chauffeur ne veut plus le laisser redescendre. Il doit payer. Il s’insurge. Tempête. Peste. Mais le bus démarre. Nabe recompte ses quelques pièces, rien à faire, il lui manque bel et bien dix petits centimes… Le voilà contraint à demander l’aumône à chaque passager. Et bien sûr, c’est refus sur refus. A cet instant précis de ma lecture, la menotte de Mael, deux ans, s’avance et dépose sur la page ouverte de mon livre… une pièce de dix centimes, qu’il venait certainement de trouver par terre. Grand sourire de mon fils qui repart aussitôt, sur sa trottinette bleu ciel. »IMG_3115

La synchronicité entre ma lecture et son offrande est tout à fait hallucinante et me laisse dans un état de subjugation totale. Les chances pour que la simultanéité se soit produite « par hasard » sont tellement infimes qu’elles semblent de l’ordre de la totale improbabilité. Je viens de vivre un petit miracle sans conséquence, mais qui va bouleverser ma vision du monde, à jamais.

C. G. Jung définit la synchronicité comme « l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit. »

C’est tout à fait ce dont il s’agit ici !

  • Pas de lien de causalité entre les deux événements.
  • Les deux événements ensemble prennent sens.
  • Importance du psychisme et de la pensée. En effet, Jung nous dit aussi que ces synchronicités apparaissent « lorsque notre psychisme se focalise sur une image archétypale dans l’univers extérieur, lequel comme un miroir nous renvoie une sorte de reflet de nos soucis sous la forme d’un événement marqué de symboles afin que nous puissions les utiliser. Nous nous trouvons face à un hasard signifiant et créateur. »

Bon, si j’en crois la théorie de Jung, c’est plutôt le reflet des soucis de Marc-Edouard Nabe que mon psychisme a exposé dans l’univers extérieur, cette fois-ci ! J’appelle aussitôt l’homme de ma vie pour lui raconter l’incroyable coïncidence.

– Zut ! me répond-il. Ton Nabe, là, il n’aurait pas pu avoir besoin d’un million d’euros, plutôt !

Je ris de bon cœur avec lui. Oui, c’est vrai, cette synchronicité ne m’apporte rien, mais elle sera l’étoile autour de laquelle vont désormais tourner toutes mes réflexions.


 

Réflexions et interrogations.

Dans ce phénomène absolument fascinant, on voit apparaître la conscience et l’émergence d’autres niveaux de réalité. Nous voilà donc dans la nécessité de recourir à un cadre conceptuel nouveau qui dépasse la notion de causalité et qui intègre la psyché, la pensée comme des éléments réels et objectifs. Michel Cazenave dit que les phénomènes de synchronicité supposent « un statut de la psyché qui se situe au-delà, ou en deçà, de l’espace et du temps. » Sur ce point, il rejoint bien C. G. Jung qui avançait que « l’âme peut-être conçue comme une intelligence indépendante du temps et de l’espace. »

Cette réflexion nous oblige à repenser le concept de soi en quelque chose de plus vaste que notre simple petite personne, afin d’intégrer la communication entre la psyché et l’univers. Déjà, en mécanique quantique (domaine microphysique), on sait que la conscience de l’observateur peut interagir avec les phénomènes observés. Avec les synchronicités, on aurait alors un exemple de l’intervention de la conscience sur le réel, à notre échelle.

Pour développer sa théorie de la synchronicité, Jung s’est appuyé sur le Yi King (sagesse chinoise) qui repose lui aussi sur un principe général d’acausalité. De cette doctrine fondamentale des idées, il retiendra que « tout ce qui survient dans le monde visible est l’effet d’une image, d’une idée du monde invisible. Par suite, tout phénomène visible n’est pour ainsi dire qu’une copie d’un événement suprasensible. »

Deepak Chopra, qui a également travaillé sur les coïncidences, retiendra quant à lui le concept d’intelligence non localisée. « L’intelligence non localisée est partout en même temps et peut causer de multiples effets simultanément en divers endroits. C’est depuis ce domaine virtuel que tout, dans le monde, est organisé et synchronisé. Il est, d’ailleurs, la source des coïncidences. » C’est le niveau de l’esprit global qui connecte, orchestre et synchronise tout.

–––> Donc, il existerait une source qui contiendrait des idées, des informations et qui interagirait avec notre réalité.

Cette vision du monde fait écho à l’allégorie platonicienne de la caverne et à d’autres grands visionnaires des traditions mystiques qui suggéraient tous que ce dont nous faisons l’expérience quotidiennement est une réalité projetée.

Mais où se trouve cette source ? Plusieurs théories :

  • Univers superlumineux ( Pr. Régis Dutheil et Brigitte Dutheil, L’homme superlumineux, Sand, « collection Recherches », 1990, 208 p. ). D’après leur approche, ce réservoir d’informations se situerait en dehors de l’univers régit par la théorie de la relativité, dans une région supralumineuse. Dans un espace-temps différent mais symétrique au notre. Là-bas, la vitesse ne serait plus limitée ce qui impliquerait que dans cet univers le temps n’existerait plus. L’espace de la conscience appartiendrait à cet univers superlumineux, ce qui expliquerait les phénomènes de synchronicités.

  • Théorie de l’univers-information. (Igor et Grichka Bogdanov, La pensée de Dieu, Grasset, 2012, 350 p.) : En étudiant l’univers dans ses premiers instants de vie, les scientifiques ont établit qu’il était forcément en équilibre thermique depuis la première lumière du big-bang. Cet état s’appelle l’état KMS et de cela découlerait un étrange phénomène quantique : le dédoublement du temps. Au côté du temps ordinaire apparaitrait un deuxième temps : le temps imaginaire, composé d’informations pures. Ce temps imaginaire se trouverait à l’instant zéro, à la singularité initiale marquant le début de l’espace et du temps.

Déjà, Leibniz, au 17ème siècle, disait «le fond de la réalité ne serait pas composé de particules matérielles mais de cette chose toute autre, immatérielle qui est l’information.»

Donc, en partant des synchronicités, phénomènes visibles dans le monde matériel, on découvre que la conscience a une possibilité d’action sur le réel. Cela pourrait supposer l’existence d’une réalité de la psyché en dehors de l’espace et du temps, un univers source, qui contiendrait de la conscience (ou intelligence non localisée) et de l’information pure et qui interagirait avec notre univers sous-lumineux (ou univers ombre). C’est ma vision du monde, et je la partage. En attendant, depuis que cette conviction m’habite, l’envie d’aller voir ce que l’on dit dans les livres sur cet autre côté du miroir, me titille les sens.

Dans un prochain article, je vous parlerai de la deuxième synchronicité extraordinaire qui m’a ouvert un nouveau champ de réflexion (et d’investigation livresque) sur cette réalité immatérielle.

D.

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2 réflexions sur “Nabe et la pièce de 10 centimes

  1. Je suis très loin de toute cette réflexion et de tous ces écrits dans mon quotidien et dans ma vie … en revanche je viens enfin de prendre le temps de lire et j’y suis … je te suis … et j’y crois. Je me reconnecterai car prendre le temps de temps en temps permet de vivre des choses essentielles qui peuvent effectivement déclencher certaines idées ou idéologies voire changer une vision pour toujours.
    Estelle .

  2. Pingback: Quelques solutions pour mieux vivre sa vie. | Weltanschauung

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